Les observateurs des Girondins de Bordeaux sont habitués à la communication très maitrisée, rarement instructive, de Laurent Blanc. Pourtant, l'entretien réalisé par son ami Pierre Menès pour Canal+ le 6 juillet dernier* dresse un portrait très intéressant de la situation de l'équipe de France et des ambitions du nouveau sélectionneur.
Le dialogue commence par un arrêt sur la situation actuelle et sur la Coupe du Monde des Bleus. Tout de suite, le constat est implacable : l'équipe nationale ne repose sur aucun noyau de joueurs, Laurent Blanc parle d'équipe à construire, plutôt qu'à re-construire. Pour le reste, sa vision est assez commune. Un grand nombre sont titulaires évoluent dans de grands clubs, ce qu'il identifie comme une preuve de qualité individuelle, l'inimitié entre joueurs existe dans toutes les équipes (on aurait aimé qu'il distingue la situation très particulière d'une équipe nationale qui passe plusieurs semaines en vase clos), il est très déçu par l'épisode du bus et reproche aux joueurs d'avoir privilégié la défense d'un joueur à la dimension collective. A propos de la sortie de Thuram**, il lui reconnait, fort heureusement, une légitimité à s'exprimer mais pointe un problème intéressant : la possibilité dans les statuts de la Fédération Française de Football de sanctionner un joueur de cette manière.
On en vient à l'avenir et ses projets pour l'équipe de France. Là encore, le premier constat est sévère : Blanc prône l'humilité et fixe comme objectif la qualification pour l'Euro 2014. Alors que les observateurs fustigent le manque de résultats de Raymond Domenech, peut-être peut-on rappeler que cet objectif a minima a été atteint à trois reprises et n'a jamais paru un résultat suffisant au regard de la qualité individuelle des joueurs sélectionnables. Puis Laurent Blanc pose les bases de son projet de jeu, le même que celui qu'il défendait à Bordeaux, ambition offensive - avec peut-être deux attaquants et certainement un seul récupérateur -, possession de balle et rappel du crédo "une équipe qui impose le jeu à l'adversaire a plus de chances de gagner le match". Si le projet de jeu est alléchant, et Blanc a prouvé à Bordeaux combien il lui tenait à coeur, on peut cependant regretter de revoir la conception quelque peu étroite de récupérateur unique et de nombre d'attaquants et rappeler qu'à Bordeaux, justement, lors des matchs de très haut-niveau, l'entraineur Blanc a toujours choisi ne jouer qu'avec un seul attaquant.
Le premier chantier, souligne le sélectionneur, est de toute façon de refonder le cadre de l'équipe de France. S'il fustige les amalgames qui remettent en question le fonctionnement entier de la Fédération, Blanc souhaite quand même rendre plus professionnelle la sélection. Il analyse au passage que la déception des Français provient plus du comportement que des résultats de l'équipe. Et pour remédier à cela, outre l'anecdotique interdiction des casques qui représente à ses yeux la cassure avec l'extérieur, il compte réorganiser toute la partie non-technique autour de trois personnes : Marino Faccioli, ancien directeur administratif de l'Olympique Lyonnais servira de relai au staff technique et prendra en charge toutes les questions administratives et logistiques, Henri Emile, sous l'autorité de Faccioli, aura une position d'intermédiaire avec une plus grande présence sur le terrain, et enfin, Philippe Tournon sera le nouveau chef de presse des Bleus, secteur défaillant s'il en est dans les années Domenech. Pour chacun, Blanc insiste sur le besoin d'expérience pour remplir ces fonctions. Le staff médical et technique sera "jeune et dynamique" selon Blanc, on a beaucoup entendu parler du retour de Philippe Boixel comme ostéopathe, ce ne sera pas forcément lui mais le Cévenol souhaite la présence d'un ostéopathe.
Parenthèse bordelaise - échec bordelais dû à un manque de ressources des joueurs, vie bordelaise parfaite pour lui -, qui mène à son engagement pour l'EDF, la première et seule motivation est l'envie, persistante depuis 2004, preuve en sont les propositions refusées de grands clubs notamment italiens. C'est cet engagement qu'il regrette de ne pas voir chez ses anciens coéquipiers de 98,. Il constate qu'ils sont plus présents dans les médias que sur les terrains et remarque malicieusement que ceux-ci ne désirent pas forcément la vie qui va de pair avec une véritable implication. Nous recevons ce regret avec un grand plaisir. Au passage, il accrédite la rumeur Barthez mais ne mentionne pas la forme que pourrait prendre l'intervention de ce dernier.
Dernière partie, le match amical du 11 août. Point intéressant : Blanc réfléchit d'abord à l'organisation puis aux joueurs susceptibles d'être performants dans cette organisation. C'est un changement radical par rapport au fonctionnement de Raymond Domenech qui reconnaissait adapter l'organisation aux joueurs disponibles et performants. Au sujet des joueurs capables de s'adapter à son organisation, Blanc pointe du doigt la nécessité de la qualité technique individuelle mais aussi de l'état d'esprit - il ne s'encombrera pas des joueurs déficients sur ce point - et, au sujet de Benzema, du statut en club. Quant à la prochaine liste, Gasset, son adjoint, et lui-même ont coché beaucoup de noms, ce que Blanc admet comme étant mauvais signe. "Là, on réfléchit à tous les postes" confie-t-il. Il reconnait que l'enjeu est de créer un noyau de sept ou huit joueurs titulaires à chaque match et leaders du groupe. Les joueurs sont très marqués par l'échec en Afrique du Sud et, remarque inquiétante, il faudra remettre en confiance ceux qui pourraient devenir les futurs cadres.
Le dernier mot de Blanc est pour l'avenir, avenir vers lequel il se tourne entièrement, avenir vers lequel les observateurs finiront bien par s'orienter aussi et que cet entretien, rare très probablement, pourrait bien servir à analyser.
* L'entretien est disponible en intégralité sur le site de Canal+.
** Lilian Thuram, membre du conseil fédéral de la FFF a déclaré le 2 juillet : "Evra ne doit plus revenir en équipe de France".





