Mexique, Mexique, Mexique ! Aïe, Aïe, Aïe !

«Le Mexique est nul ». Si notre ami Demetrio a assisté à la leçon de football infligée à l'Italie hier soir à Bruxelles par El Tri (*), on imagine que son jugement s'est quelque peu nuancé. En attendant l'analyse du dispositif tactique mis en place par Javier Aguirre qui a fait si mal aux champions du monde, notre correspondant permanent à Mexico nous propose un panorama complet de la situation de los Ratones verdes (**).

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Cette supportrice mexicaine vient de découvrir le titre de notre article.


4 décembre 2009, tirage au sort de la Coupe du Monde. Quatrième chapeau. La France tombe dans le même groupe que le Mexique. Mon téléphone s'emballe. « On va vous éclater ». Les six prochains mois s'annoncent difficiles. Si la sélection mexicaine joue bien depuis un certain temps, l'Histoire et le palmarès des Bleus inspirent le respect. La plupart des Mexicains pensent que les hommes de Domenech termineront en tête du groupe. Reste une place pour se qualifier. L’Uruguay fait peur avec ses quelques joueurs de classe internationale. Et l’Afrique du Sud devrait, « selon les statistiques », se qualifier. Historiquement, jamais un hôte n’est resté sur le carreau après le premier tour et aussi absurde que cela puisse paraître, la faiblesse annoncée des Bafana bafana ne parvient pas à dissiper les doutes.

Malgré toutes ces incertitudes et les débats interminables dans les talk shows sur la qualité des adversaires, personne n’ose imaginer une non-qualification en 1/8ème de finale. Depuis 1994, les Mexicains ont toujours passé le premier tour… pour se faire éliminer dès l'étape suivante. En 2006, après une phase de groupe assez moyenne (El Tri déçoit en se qualifiant de justesse à la dernière journée malgré une défaite contre le Portugal), le mexique rencontre l’Argentine et sa pléthore de stars. Les hommes de Lavolpe, le sélectionneur d'alors, livrent un excellent match, vont en prolongation, mais un but venu d’ailleurs de Maxi Rodríguez met fin aux espoirs d'atteindre pour la première fois les quarts depuis la Coupe du Monde 86. « On a joué comme jamais mais on a perdu comme toujours ». Le dicton fait fureur au Mexique. La belle prestation de l’équipe mexicaine aura quand même eu un effet positif. Face à une sélection argentine composée à 90% de joueurs évoluant en Europe, le constat est inquiétant : El Tri frôle la consanguinité. Seulement trois joueurs évoluent en Europe : Rafa Márquez (Barcelone) et Jared Borgetti qui vient de tenter une expérience (ratée) à Bolton. Guillermo Franco, fraîchement naturalisé mexicain est à Villareal. Les raisons évoquées sont nombreuses. L’expérience peu convaincante de plusieurs stars (Blanco, Palencia…), les fortes rémunérations du championnat mexicain… Bref « mieux vaut être roi en son pays ». Mais l’expérience de 2006 change les mentalités. Les joueurs ont envie de partir tenter l’expérience, quitte à ne pas être titulaire tout de suite à Manchester ou au Real Madrid.


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Cuauhtemoc Blanco, qui est vieux, n'a pas compris que
ça ne sert à rien de demander aux gens qu'il croise de cliquer sur sa bannière portable.


Quatre ans après les constats sont divers. Entre les joueurs qui se sont imposés dans leur club (Salcido au PSV, Guardado à La Corogne…), ceux qui n’ont plus beaucoup de temps de jeu (Osorio à Stuttgart, voire Rafa Marquez au Barça depuis un an) et ceux qui sont rentrés au bercail après une expérience plus ou moins ratée (Omar Bravo, Pavel Pardo…), constituer la sélection est devenu un vrai casse-tête et à 3 mois de la coupe du monde personne n’est vraiment sûr de la liste des 23. Le choix entre ceux qui survolent le championnat national et ceux qui évoluent en Europe sans avoir un temps de jeu conséquent est apparemment compliqué. Faut-il préférer Jonathan Dos Santos (le frangin de Giovanni) qui joue dans l’équipe B du Barça, à Pablo Barrera, milieu des Pumas qui marque un but par match en Primera Division Mexicana ?

RatonesVerdesDepuis 2006, la bamba des sélectionneurss a mis en exergue des problèmes sérieux dans la gestion de la Fédération Mexicaine. Après le Mondial 2006, le contrat de Ricardo Lavolpe n’est pas renouvelé. Entraîneur argentin (ce qui n’est pas forcément du goût du public), en clash constant avec la presse, Cuauhtemoc Blanco ou Hugo Sánchez (deux intouchables du football mexicain, du moins à ce moment-là), la Femexfut doit rectifier le tir et met donc à la tête de la sélection ce dernier. Les résultats ne sont pas particulièrement probants, « Hugol » perd la Gold Cup (tournoi de la CONCACAF) et ne qualifie pas les Espoirs pour les Jeux Olympiques. Ceci s’ajoutant à une gestion plus que douteuse de l’équipe (il organise de nombreux matchs amicaux aux Etats-Unis, toujours à guichets fermés, et perçoit un pourcentage de la recette), Sanchez est limogé. Il aura en 15 mois avec El Tri touché 18 millions de dollars. La Fédération tente alors un autre coup médiatique : Sven Goran Eriksson, LE mercenaire. Les résultats sont désastreux. On se demande si Don Sven, comme les médias l'ont surnommé, s’intéresse vraiment au football local. Le Mexique n’est même plus sûr de se qualifier pour le Mondial 2010, dans une zone où le seul adversaire vraiment dangereux sont les Etats-Unis, l’ennemi juré. Eriksson est donc limogé, batteries à plat. Avec les indemnités de licenciement il aura quand même touché 7 millions de dollars en 10 mois. Heureusement pour la fédération, Javier Aguirre fraîchement éconduit de l’Atletico de Madrid, s’engage à redorer le blason de los Tricolores. Ses débuts sont préoccupants. En Gold Cup le Mexique joue des matchs laborieux se débarrassant difficilement d’équipes comme le Nicaragua ou la Guadeloupe. Mais dans la phase finale, malgré des matchs faciles (Haïti, l’équipe C des Etats-Unis), des jeunes prometteurs émergent, l’équipe retrouve ses fondamentaux et gagne la compétition. Ils se qualifieront ensuite sans trop de soucis pour l’Afrique du Sud.


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Cuauhtemoc Blanco, qui est vieux, confond ses chemises et ses cahiers.


Le calendrier de préparation est dévoilé peu après la qualification. Los Ratones Verdes (**) joueront pas moins de onze matchs amicaux dont six aux Etats-Unis. Trois auront lieu en Europe (contre l’Angleterre, les Pays-Bas et l’Italie) juste avant le Mondial. Le 31 mars, Aguirre convoque 18 joueurs du championnat mexicain pour commencer la préparation (le championnat se trouvant alors faussé, les Chivas de Guadalajara qui avaient battu le record de victoires en début de championnat se retrouvent alors avec 5 titulaires appelés en sélection et seront éliminés au premier tour de la Liguilla, les play-offs du championnat). Les analystes mettent en doute l’intérêt d’une préparation aussi lourde. Tant de matchs pourraient mettre à mal la fraîcheur physique des joueurs (Sabah a quitté la sélection sur blessure), surtout que le calendrier est loin d’être clément : le Mexique a affronté l’Angleterre un lundi (très bon match par ailleurs) puis les Pays-Bas le mercredi avec les remplaçants, match qui n’a donné que peu d’enseignements. Après cette folle série de matchs de préparation, l'équipe-type suivante semble se dessiner :

Pérez (Jaguares) (***)
E.Juárez (Pumas) – F.Rodríguez (PSV/HOL)-R.Osorio (Stuttgart/ALL)-C.Salcido (PSV/HOL)
A.Guardado (La Corogne/ESP)-R.Márquez (Barcelone/ESP)-G.Torrado (Cruz Azul)
G. dos Santos (Galatasaray/TUR) C.Vela (Arsenal/ANG)
J.Hernández (Chivas-Manchester U./ANG)

Après la victoire sans appel hier soir face aux champions du monde italiens, les Mexicains ont pris conscience qu'ils peuvent faire mal pour peu qu'ils fassent attention à ne pas tomber dans  l'excès de confiance. Ce qui ne risque pas d'arriver aux Français.


(*) Surnom de l'équipe nationale mexicaine, diminutif de tricolor.
(**) Littéralement les souris vertes, autre surnom de la sélection mexicaine.
(***) Il est difficile de savoir qui sera le titulaire au poste de gardien puisqu’Aguirre a fait jouer à ses 3 gardiens le même nombre de matchs durant la préparation. La titularisation de Pérez contre l’Italie dans le dernier match amical peut faire penser qu’il sera titulaire pendant la Coupe du Monde.

    
Commentaires (3)
  • Plé  - Bravo !
    Très intéressant ! Bravo ! Ca me fait penser que ce n'est peut-être pas le groupe de la mort, mais ça y ressemble quand même diablement.
  • Txalupa
    Tiens, Thiriez supporte el Tri incognito... Pertinent et agréable à lire sinon!
  • Arturo  - Tout ca que vous ecrivez et bien vrais
    Salutations C´est bien vrais tout ca que vous avez ecrit , malgré ca le mexique a dominé et gagné aux bleux.
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